PARTIE 2 : LE MESSAGE QUI A RÉVÉLÉ LE VRAI VISAGE DE MON MARI
Sur l’écran du téléphone de Russell, un message de Marjorie venait d’apparaître.
« As-tu trouvé les documents de propriété ? Nous devons agir avant Noël. Elle commence à se méfier. »
Je suis restée immobile devant le comptoir de la cuisine.
Les mots semblaient danser devant mes yeux.
Avant Noël.
Pourquoi cette date avait-elle autant d’importance pour eux ?
Et surtout, comment Marjorie savait-elle que je possédais quelque chose qui méritait qu’on recherche des documents de propriété ?
Lorsque Russell est sorti de la douche, j’étais assise à la table, une tasse de thé entre les mains.
« Tout va bien ? » m’a-t-il demandé.
J’ai souri.
« Parfaitement. Pourquoi ? »
Il a hésité avant de répondre.
« Tu sembles préoccupée ces derniers jours. »
J’ai regardé cet homme que j’avais épousé douze jours plus tôt.
Pendant presque deux ans, j’avais cru connaître son cœur.
Maintenant, je me demandais si j’avais seulement connu son véritable visage.
« Russell, ai-je demandé doucement, pourquoi ta mère s’intéresse-t-elle autant à mes finances ? »
Son expression a changé immédiatement.
« Elle veut simplement notre sécurité. »
« Notre sécurité ou la sienne ? »
Il a posé brusquement sa tasse.
« Valerie, tu recommences. »
Je n’ai pas répondu.
Car à cet instant, j’avais compris une chose essentielle : si je voulais découvrir la vérité, je devais cesser de leur montrer que je me méfiais.
Le lendemain matin, j’ai appelé Curtis Bell, le notaire.
Il a décroché après trois sonneries.
« Madame Pierce ? J’espérais presque recevoir votre appel. »
Mon estomac s’est serré.
« Pourquoi ? »
Un silence.
Puis il a répondu :
« Parce que certaines informations figurant dans les documents que l’on m’a remis m’ont paru particulièrement inhabituelles. »
« Lesquelles ? »
« Je préfère vous expliquer cela en présence de votre avocat. »
Une heure plus tard, j’étais dans le cabinet de mon avocate, Eleanor Hayes, une femme que je connaissais depuis quinze ans.
Curtis nous a rejointes.
Il avait conservé des renseignements sur la mission qu’on lui avait confiée et une copie du projet de documents reçu avant son intervention.
Eleanor a parcouru les premières pages.
Puis elle s’est arrêtée.
« Valerie, avez-vous déjà parlé à Russell d’une société immobilière en Floride ? »
J’ai secoué la tête.
« Jamais. »
Elle a tourné le dossier vers moi.
Là, imprimé noir sur blanc, figurait le nom exact de la société qui détenait mes six cottages.
Mon cœur a manqué un battement.
« Comment ont-ils obtenu ce nom ? »
Curtis a retiré ses lunettes.
« Madame Pierce, je ne sais pas qui leur a fourni ces renseignements. Mais quelqu’un a manifestement effectué des recherches sur votre patrimoine. »
Eleanor a continué à examiner les documents.
Puis elle a prononcé une phrase qui m’a glacé le sang.
« Ce projet aurait donné à Russell un contrôle considérable sur les biens transférés à la fiducie. Et certaines dispositions pourraient être extrêmement difficiles à annuler une fois les transferts effectués. »
J’ai senti mes mains devenir froides.
Ce n’était donc pas simplement une belle-mère autoritaire.
C’était une tentative soigneusement préparée pour prendre le contrôle de ce que mon grand-père m’avait laissé.
« Que dois-je faire ? » ai-je demandé.
Eleanor a refermé le dossier.
« D’abord, ne signez absolument rien. Ensuite, nous allons vérifier vos documents de propriété et protéger vos intérêts. Et surtout, ne leur dites pas encore ce que nous avons découvert. »
Pendant les deux jours suivants, j’ai fait semblant que tout allait bien.
Je préparais le dîner.
Je souriais lorsque Russell rentrait.
Je l’écoutais raconter ses journées comme si mon mariage n’était pas en train de s’effondrer.
Puis, le vendredi soir, il m’a annoncé que Marjorie viendrait déjeuner le dimanche.
« Elle aimerait repartir sur de bonnes bases », a-t-il expliqué.
J’ai posé ma fourchette.
« Quelle excellente idée. »
Il a semblé soulagé.
Mais il ignorait que j’avais déjà pris mes propres dispositions.
Le dimanche, Marjorie est arrivée avec un bouquet de roses blanches.
Elle portait son plus beau manteau et affichait un sourire si doux qu’une inconnue aurait pu la prendre pour une grand-mère adorable.
« Valerie, ma chérie, nous avons commencé du mauvais pied. »
Je l’ai embrassée sur la joue.
« Je suis certaine que nous pouvons arranger cela. »
Ses yeux se sont immédiatement illuminés.
Russell nous a servi du café.
Pendant vingt minutes, nous avons parlé de la météo, des fêtes de fin d’année et des décorations de Noël.
Puis Marjorie a posé délicatement sa tasse.
« Concernant les documents, j’ai peut-être été un peu trop pressée. »
J’ai incliné la tête.
« Peut-être. »
Elle a souri.
« Russell et moi pensions qu’il serait préférable que vous puissiez tous les deux gérer les investissements familiaux. »
J’ai attendu.
Puis j’ai posé la question que je préparais depuis trois jours.
« Marjorie, de quels investissements parles-tu exactement ? »
Elle a échangé un regard rapide avec Russell.
« Eh bien… ceux que tu as hérités. »
« Lesquels ? »
Son sourire a vacillé.
« Valerie, pourquoi compliquer les choses ? »
J’ai ouvert le tiroir près de moi et sorti une feuille.
Il s’agissait d’une copie de la page mentionnant ma société immobilière.
Je l’ai déposée sur la table.
« Alors explique-moi comment le nom de cette société s’est retrouvé dans les documents que tu voulais me faire signer. »
Le silence qui a suivi était presque irréel.
Marjorie a pâli.
Russell a immédiatement baissé les yeux.
« Je peux expliquer », a-t-il murmuré.
J’ai senti quelque chose se briser en moi.
Pas parce qu’il avait menti.
Mais parce que je venais de comprendre qu’il avait toujours su.
« Je t’écoute, Russell. »
Il a passé une main sur son visage.
« Maman avait des difficultés financières. J’ai pensé qu’une fois mariés, nous pourrions l’aider. »
« En utilisant mes biens sans me demander mon avis ? »
« Ce n’était pas comme ça. »
Marjorie s’est redressée.
« Une épouse doit soutenir son mari, Valerie. À notre âge, on ne peut pas se permettre de garder des secrets. »
Je l’ai regardée longuement.
« C’est intéressant que tu parles de secrets. »
J’ai sorti une seconde enveloppe.
Cette fois, Russell a cessé de respirer pendant une seconde.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Une lettre de mon avocate. Elle demande que toute discussion concernant mes biens passe désormais par son cabinet. »
Marjorie a repoussé sa chaise.
« Tu as engagé une avocate contre ton propre mari ? »
« Non, Marjorie. J’ai engagé une avocate pour me protéger de personnes qui avaient déjà engagé quelqu’un pour préparer des documents à mon insu. »
Russell s’est levé.
« Valerie, nous pouvons régler ça entre nous. »
Je l’ai regardé droit dans les yeux.
« Alors réponds à une dernière question. »
Il a attendu.
« Quand as-tu découvert l’existence de mes cottages ? »
Son visage s’est vidé de toute couleur.
Marjorie a ouvert la bouche, mais je l’ai arrêtée d’un geste.
« Je pose la question à mon mari. »
Russell a fixé le sol pendant plusieurs secondes.
Puis il a murmuré :
« Avant notre mariage. »
J’ai senti mon cœur s’arrêter.
« Combien de temps avant ? »
Il a fermé les yeux.
« Quelques mois. »
Je n’ai pas crié.
Je n’ai pas pleuré.
J’ai simplement regardé cet homme avec qui j’avais prévu de passer le reste de ma vie.
« Et tu ne m’as jamais rien dit. »
« J’avais peur que tu penses que je t’épousais pour ton argent. »
Cette phrase m’a fait rire.
Un rire triste, presque douloureux.
« Alors tu as préféré organiser un transfert de patrimoine huit jours après notre mariage ? »
Il n’a pas répondu.
Marjorie s’est levée brusquement.
« Je refuse de rester ici pour être insultée ! »
Je me suis levée à mon tour.
« Dans ce cas, tu connais la sortie. »
Elle est partie en claquant la porte.
Russell est resté devant moi, les épaules affaissées.
« Valerie, je t’aime. »
Pendant deux ans, ces trois mots avaient été les plus beaux que je pouvais entendre.
Ce dimanche-là, ils ne signifiaient plus rien.
« J’avais prévu de t’offrir quelque chose à Noël », ai-je murmuré.
Il a relevé les yeux.
« Quoi ? »
« Un séjour dans l’un de mes cottages. Je voulais te montrer cet endroit qui représente toute mon histoire familiale. »
Son visage a changé.
Pendant une seconde, j’ai cru voir du regret.
Puis il a posé une question qui m’a donné la réponse que je cherchais.
« Combien de cottages possèdes-tu exactement ? »
Je l’ai fixé sans bouger.
Il venait de m’avouer qu’il avait découvert mon patrimoine avant notre mariage.
Et pourtant, même maintenant, au milieu des ruines de notre confiance, sa première préoccupation était de connaître l’étendue de ma fortune.
J’ai reculé d’un pas.
« Je pense que tu devrais partir quelques jours, Russell. »
« Valerie… »
« S’il te plaît. »
Il a pris son manteau.
Mais juste avant de franchir la porte, il s’est retourné.
« Tu vas vraiment détruire notre mariage à cause de quelques documents ? »
Je l’ai regardé une dernière fois.
« Non, Russell. Ce sont tes mensonges qui l’ont détruit. »
Lorsqu’il est parti, j’ai enfin laissé couler mes larmes.
Je pensais que le pire était derrière moi.
Je me trompais.
Car le lendemain matin, Eleanor m’a appelée avant huit heures.
Sa voix était tendue.
« Valerie, nous avons reçu les résultats des vérifications complémentaires. »
Je me suis assise.
« Qu’avez-vous découvert ? »
Elle a hésité.
« Russell a des problèmes financiers beaucoup plus graves qu’il ne vous l’a dit. Mais ce n’est pas ce qui m’inquiète le plus. »
Mon souffle s’est coupé.
« Qu’est-ce qui t’inquiète ? »
« Nous avons retrouvé une autre personne liée à ces documents. Une personne dont Russell ne vous a jamais parlé. »
Je me suis agrippée au bord de la table.
« Qui ? »
Eleanor a pris une profonde inspiration.
« Son ex-femme, Valerie. Et d’après les informations que nous avons obtenues, elle pourrait détenir la preuve que cette histoire a commencé bien avant votre première rencontre. »
Je suis restée figée, le téléphone contre mon oreille.
Puis Eleanor a ajouté :
« Et elle veut vous parler. Aujourd’hui. En personne. »……
À SUIVRE DANS LA PARTIE 3…