PARTIE 4 : LE SECRET ENTERRÉ SOUS LE VIEUX CHÊNE
Je suis restée immobile, la petite boîte métallique serrée contre ma poitrine. Mon père.
C’était mon propre père qui avait fait abattre le vieux chêne, une semaine seulement après la disparition de Daniel.
Pendant quinze ans, j’avais cru qu’il avait simplement voulu refaire le jardin. Mais maintenant, je me demandais si cet arbre n’avait pas été détruit pour une tout autre raison.
« Maman ? » La voix de Joel m’a ramenée à la réalité.
Je me suis tournée vers lui.
« Pourquoi tu pleures encore ? »
Je n’avais même pas remarqué les larmes sur mes joues.
« Parce que je crois qu’on vient de découvrir quelque chose de très important, mon chéri. »
Noah, toujours accroché à la main de mon fils, nous observait silencieusement.
Il avait les mêmes yeux que Daniel.
Cette ressemblance me faisait mal.
Margaret a été installée dans l’ambulance, mais avant que les portes ne se referment, elle m’a fait signe d’approcher.
« Claire, écoutez-moi attentivement. »
Je me suis penchée vers elle.
« Votre frère m’a confié cette boîte il y a trois mois. Il m’a dit que si quelque chose lui arrivait, je devais retrouver sa sœur. »
Mon cœur a bondi.
« Trois mois ? Vous avez vu Daniel il y a seulement trois mois ? »
Elle a hoché la tête.
« Oui. »
J’ai dû m’appuyer contre l’ambulance.
Pendant quinze ans, j’avais imaginé mon frère mort, quelque part, sans sépulture.
Et voilà qu’il était vivant trois mois auparavant.
« Où était-il ? »
Margaret a regardé autour d’elle.
« Dans une petite ville à deux heures d’ici. Il travaillait sous un autre nom. Mais des hommes ont commencé à poser des questions. »
« Richard ? »
« Richard n’était pas le seul. »
Un frisson m’a parcouru le dos.
« Alors pourquoi Daniel ne m’a-t-il jamais contactée ? »
Margaret a hésité.
Puis elle a prononcé des mots qui m’ont fait perdre pied.
« Parce que votre père lui avait montré votre certificat de décès. »
Je l’ai regardée sans comprendre.
« Mon certificat de quoi ? »
« De décès. Votre frère croyait que vous aviez été tuée dans un accident de voiture. »
J’ai secoué la tête.
« C’est impossible. »
Mais au fond de moi, quelque chose commençait à s’assembler.
Mon père avait toujours refusé de parler de Daniel.
Chaque fois que je mentionnais son nom, il quittait la pièce.
Et lorsque j’avais essayé de faire rouvrir l’enquête, il m’avait suppliée d’arrêter.
Je pensais que c’était la douleur.
Maintenant, je n’en étais plus certaine.
« Madame ? » a appelé le secouriste. « Nous devons partir. »
Margaret m’a serré la main.
« Protégez Noah. Et surtout, ne faites confiance à personne avant d’avoir ouvert cette boîte. »
Les portes de l’ambulance se sont refermées.
Je suis restée là, regardant les gyrophares disparaître au bout de la rue.
Puis j’ai pris une décision.
Je devais retourner dans la maison de mon enfance.
Mais je ne pouvais pas entraîner deux enfants dans une situation potentiellement dangereuse.
J’ai demandé à Ivy de garder Joel et Noah pendant que je contactais le policier chargé de notre déposition.
Joel a immédiatement protesté.
« Maman, c’est moi qui ai trouvé la boîte ! »
Je me suis agenouillée devant lui.
« Et tu as déjà fait bien plus que ce qu’on pouvait attendre de toi. Maintenant, c’est à moi de m’occuper du reste. »
Il a baissé les yeux.
Puis il a glissé quelque chose dans ma main.
Un petit morceau de papier plié.
« Noah avait ça dans sa poche. Il me l’a donné quand la dame est montée dans l’ambulance. »
J’ai déplié le papier.
Il n’y avait qu’une seule phrase.
LA VÉRITÉ N’EST PAS SOUS L’ARBRE. ELLE EST SOUS CE QU’IL A LAISSÉ DERRIÈRE LUI.
J’ai relu les mots trois fois.
Puis j’ai compris.
Le vieux chêne avait disparu.
Mais ses racines étaient peut-être toujours là.
Et quelque chose avait pu être caché sous sa souche.
Une heure plus tard, après avoir expliqué la situation à l’agent Miller, je me suis retrouvée devant la maison où j’avais grandi.
La propriété appartenait toujours à mon père.
Il avait quatre-vingts ans maintenant et vivait dans une résidence médicalisée depuis deux ans.
La maison était vide.
Ou du moins, c’est ce que je croyais.
L’agent Miller m’accompagnait, après avoir accepté de vérifier avec moi ce que pouvait signifier le message, sans entreprendre de fouilles importantes avant d’obtenir les autorisations nécessaires.
Le portail grinçait exactement comme dans mes souvenirs.
Le jardin était envahi par les mauvaises herbes.
Et au fond, près de la vieille clôture, se trouvait encore une énorme souche d’arbre.
Je me suis arrêtée.
« C’est là. »
L’agent a éclairé le sol avec sa lampe.
« Vous êtes certaine ? »
« Absolument. »
Je me suis approchée de la souche.
Mes mains tremblaient.
Combien de fois Daniel et moi avions-nous joué ici ?
Combien de secrets avions-nous enterrés sous cet arbre en promettant de ne jamais les révéler ?
Je me suis agenouillée.
Et j’ai remarqué quelque chose d’étrange.
Une petite plaque métallique dépassait d’une cavité creusée sur le côté de la souche.
Elle était presque entièrement recouverte de terre.
« Agent Miller ? »
Il s’est approché.
« Qu’avez-vous trouvé ? »
J’ai montré la plaque.
Après avoir photographié les lieux, il a dégagé doucement la terre autour.
Une minuscule boîte de bois était dissimulée dans la cavité.
Mon cœur s’est emballé.
Sur le couvercle était gravé le même symbole que sur la boîte de Joel.
Un soleil.
Trois étoiles.
Notre symbole secret.
« Je crois que c’est ce que nous cherchions », ai-je murmuré.
L’agent Miller a photographié la cachette avant de retirer la boîte avec précaution.
À l’intérieur se trouvaient une petite clé, une vieille photographie et une enveloppe jaunie.
Mais ce n’est pas la clé qui a attiré mon attention.
C’était la photographie.
On y voyait mon père.
Richard Coleman.
Et mon frère Daniel.
Ils se tenaient devant un bâtiment industriel, vingt ans plus tôt.
Derrière eux, une grande enseigne portait les mots :
HARRISON MEDICAL RESEARCH.
J’ai froncé les sourcils.
Je connaissais ce nom.
L’entreprise avait fermé après un scandale financier, à l’époque où Daniel était encore étudiant.
Mais mon père m’avait toujours assuré qu’il n’avait jamais travaillé avec eux.
Alors pourquoi apparaissait-il sur cette photo ?
« Regardez ceci », a dit l’agent Miller.
Il tenait une enveloppe.
Sur le devant, quelqu’un avait écrit :
POUR CLAIRE. À OUVRIR SEULEMENT SI DANIEL DISPARAÎT.
Je lui ai demandé de la photographier avant de l’ouvrir.
À l’intérieur se trouvait une lettre de plusieurs pages.
Et dès la première phrase, mes jambes sont devenues molles.
« Ma chère Claire,
Si tu lis ceci, c’est que j’ai échoué à protéger notre famille.
Je ne suis pas parti parce que je ne t’aimais plus.
Je suis parti parce que j’ai découvert quelque chose que papa voulait garder secret.
Richard Coleman et lui travaillaient ensemble.
Ils détournaient des fonds destinés à des traitements médicaux expérimentaux, en falsifiant des dossiers et des factures.
Quand j’ai découvert ce qu’ils faisaient, j’ai voulu les dénoncer.
Papa m’a supplié de me taire.
Richard, lui, a été beaucoup moins patient.
Il m’a menacé.
Et quand j’ai refusé de détruire les preuves, il m’a dit qu’il s’en prendrait à toi. »
J’ai porté une main à ma bouche.
Mon père.
L’homme qui m’avait élevée.
Celui qui m’avait appris à toujours dire la vérité.
Il avait peut-être participé à quelque chose d’horrible.
J’ai continué à lire.
« Papa a alors proposé un marché.
Je disparaissais, les preuves restaient cachées, et personne ne te toucherait.
Mais je n’ai jamais cru Richard.
Alors j’ai préparé plusieurs copies des documents.
La plus importante est enfermée dans une boîte métallique.
Et la clé se trouve là où nous avions enterré nos premiers secrets.
Si tu retrouves ces deux objets, tu connaîtras enfin la vérité. »
J’ai regardé la petite clé.
Puis la boîte métallique.
Après quinze ans, j’allais enfin découvrir ce qui était arrivé à mon frère.
L’agent Miller m’a conseillé de laisser la boîte fermée jusqu’à ce que son contenu puisse être examiné officiellement.
Mais avant même que je puisse répondre, mon téléphone a vibré.
C’était Ivy.
J’ai décroché immédiatement.
« Ivy ? Tout va bien ? »
Sa voix était étrange.
« Claire… il faut que tu reviennes. »
Mon estomac s’est contracté.
« Qu’est-ce qui se passe ? »
« C’est Noah. »
J’ai fermé les yeux.
« Il est blessé ? »
« Non. Il va bien. Mais il vient de dire quelque chose. »
« Quoi ? »
Ivy a baissé la voix.
« Il dit que son papa est venu le chercher. »
Le sang s’est glacé dans mes veines.
« Quoi ? »
« Il est persuadé d’avoir vu Daniel devant la maison. »
J’ai serré mon téléphone.
« Ivy, écoute-moi. Ferme toutes les portes. Ne laisse entrer personne. »
« Claire… »
« Quoi ? »
Sa respiration est devenue irrégulière.
« Il y a un homme devant ma fenêtre. »
J’ai senti mon cœur s’arrêter.
« À quoi ressemble-t-il ? »
Un long silence.
Puis elle a répondu :
« Il ressemble exactement à l’homme sur la photo que tu m’as montrée. Ton frère. »
Je n’arrivais plus à parler.
Daniel.
Après quinze ans.
Il était peut-être là.
À quelques mètres de mon fils.
« Ivy, ne raccroche pas. »
Mais avant qu’elle puisse répondre, une voix masculine a retenti derrière elle.
Une voix que je n’avais pas entendue depuis mon adolescence.
« Claire ? »
Mes yeux se sont remplis de larmes.
Je connaissais cette voix.
J’aurais pu la reconnaître au milieu de mille autres.
« Daniel ? » ai-je murmuré.
Pendant quelques secondes, personne n’a parlé.
Puis mon frère a prononcé une phrase qui a bouleversé tout ce que je croyais avoir compris.
« Claire, écoute-moi. Ne fais pas confiance à l’agent qui t’accompagne. »
J’ai lentement tourné la tête.
L’agent Miller me regardait.
Son visage était devenu étrangement immobile.
Et Daniel a ajouté :
« Parce que cet homme n’est pas celui qu’il prétend être. Il travaillait avec notre père… et c’est lui qui m’a obligé à disparaître. »
À cet instant, j’ai entendu un petit bruit métallique derrière moi.
Je me suis retournée.
L’agent Miller venait de sortir son arme……..
À SUIVRE DANS LA DERNIÈRE PARTIE…