PARTIE 3 : LA VOIX DERRIÈRE LE MUR ET LE TERRIBLE SECRET DE THOMAS MILLER
Les trois coups résonnèrent une nouvelle fois derrière la cloison du sous-sol.
Daniel Harris resta immobile, sa lampe torche braquée sur le mur.
Ce n’était pas le bruit d’une vieille canalisation.
Ce n’était pas non plus le craquement d’une maison ancienne.
Quelqu’un frappait.
Et cette personne attendait qu’on vienne la chercher.
« Mary ! » cria Daniel dans sa radio. « Fais immédiatement éloigner les enfants de la maison. Je crois que nous avons une autre victime. »
À l’étage, Mary Davis serra Sophie contre elle tandis qu’Emily s’accrochait désespérément à sa manche.
« Il y a encore quelqu’un là-dessous ? » demanda Mary.
Emily baissa les yeux.
Puis elle prononça une phrase qui fit disparaître toute couleur du visage de la policière.
« Papa disait qu’on ne devait jamais parler à la dame derrière le mur. »
« Quelle dame, Emily ? »
La petite fille hésita.
« Celle qui chante quand tout le monde dort. »
Mary sentit un frisson lui parcourir le dos.
Pendant ce temps, Daniel examinait la cloison. Derrière une vieille étagère métallique, il découvrit une petite poignée dissimulée sous une bande de ruban adhésif.
Il l’abaissa.
Rien.
La porte intérieure était verrouillée.
« Police ! » cria-t-il. « Si quelqu’un m’entend, frappez encore une fois ! »
Un long silence suivit.
Puis trois coups.
Plus faibles.
Comme si la personne derrière le mur n’avait presque plus de forces.
Daniel demanda immédiatement du matériel pour forcer l’ouverture. Deux agents arrivèrent quelques instants plus tard.
Lorsque la porte céda enfin, une odeur de poussière et d’humidité s’échappa du passage.
Derrière la cloison se trouvait une petite pièce sans fenêtre.
Une ampoule nue pendait au plafond.
Sur le sol, une femme était assise contre le mur, les poignets attachés devant elle.
Elle semblait avoir une trentaine d’années.
Son visage était pâle, ses vêtements sales, et ses yeux se remplirent de larmes lorsqu’elle aperçut les uniformes.
« Madame, nous sommes policiers », dit Daniel en s’agenouillant. « Vous êtes en sécurité. »
La femme tenta de parler.
Mais sa voix était à peine audible.
« Les petites… les petites filles… »
« Nous les avons retrouvées. Elles sont vivantes. »
La femme porta ses mains tremblantes à son visage.
Puis elle éclata en sanglots.
« Mon Dieu… mes bébés… »
Daniel se figea.
« Vous êtes leur mère ? »
Elle hocha lentement la tête.
« Je m’appelle Rebecca Miller. »
Daniel sentit son cœur manquer un battement.
Le nom correspondait à celui qui figurait dans le dossier de disparition de la famille habitant autrefois au 1427 Maplewood Drive.
« Rebecca… depuis combien de temps êtes-vous ici ? »
La femme le regarda avec des yeux emplis d’une douleur indescriptible.
« Je ne sais plus exactement. Il m’a enlevé les calendriers… les montres… tout ce qui pouvait me permettre de compter les jours. »
Elle reprit difficilement son souffle.
« Mais il y a quelque chose que vous devez comprendre. »
« Quoi donc ? »
Rebecca attrapa soudain le bras de Daniel.
« L’homme que vous avez arrêté… ce n’est pas mon mari. »
Daniel resta pétrifié.
« Pourtant, il prétend s’appeler Thomas Miller. »
Rebecca secoua violemment la tête.
« Mon véritable mari s’appelait Thomas Miller. Mais cet homme lui a volé son identité. »
Un silence oppressant envahit la pièce.
« Où est votre véritable mari ? » demanda Daniel.
Rebecca détourna les yeux vers le sol.
« Je ne l’ai pas revu depuis la nuit où cet homme est entré chez nous. »
Daniel repensa aux cartes d’identité retrouvées dans la boîte métallique.
Aux photographies d’enfants.
Aux nombreuses adresses inscrites dans le carnet.
Tout commençait à prendre une signification terrifiante.
Il ne s’agissait peut-être pas seulement d’une famille retenue prisonnière.
Quelqu’un avait méthodiquement effacé l’existence de plusieurs personnes pour prendre leur place.
À l’étage, un ambulancier examinait Emily lorsque la petite fille aperçut sa mère sortir du sous-sol sur une civière.
« MAMAN ! »
Son cri traversa toute la maison.
Rebecca tourna la tête.
« Emily ? »
La fillette se précipita vers elle avant que Mary puisse la retenir.
Sophie suivit en pleurant.
Pendant plusieurs secondes, les trois restèrent enlacées.
Personne n’osa interrompre leurs retrouvailles.
Même Daniel, pourtant habitué aux situations difficiles, dut détourner le regard.
Mais ce moment de soulagement fut brutalement interrompu par un appel radio.
« Unité 24, ici la centrale. Nous avons identifié l’homme arrêté. »
Daniel se redressa.
« Donnez-moi son véritable nom. »
« Nous attendons encore la confirmation officielle, mais ses empreintes semblent correspondre à celles d’un homme recherché dans plusieurs États. »
« Pour quels faits ? »
« Enlèvements, usurpations d’identité et disparitions non résolues. »
Daniel sentit son estomac se nouer.
« Son nom ? »
« Richard Bennett. »
À l’autre bout du couloir, Rebecca entendit ce nom.
Son expression changea instantanément.
Elle se mit à trembler si fort que l’ambulancier dut la soutenir.
« Non… » murmura-t-elle. « Vous ne comprenez pas. »
Daniel s’approcha.
« Rebecca, qu’est-ce qui se passe ? »
Elle regarda nerveusement autour d’elle.
« Richard Bennett n’a jamais travaillé seul. »
Daniel fronça les sourcils.
« Vous voulez dire qu’il avait un complice ? »
Rebecca hocha la tête.
« Il y avait un autre homme. Il venait parfois la nuit. Je ne voyais jamais son visage, mais j’entendais sa voix. »
« Vous connaissez son nom ? »
Rebecca ouvrit la bouche.
Puis elle se figea.
Son regard venait de se poser sur une photographie accrochée dans le couloir.
On y voyait deux hommes souriants, debout devant une voiture de police.
Daniel reconnut immédiatement l’un d’eux.
C’était le détective Robert Collins, son ancien collègue.
L’autre homme était Richard Bennett.
Rebecca pointa la photographie d’un doigt tremblant.
« C’est lui… »
Daniel sentit le sang quitter son visage.
« Lequel ? »
Rebecca désigna Robert Collins.
« C’est l’homme qui venait la nuit. »
Pendant quelques secondes, Daniel fut incapable de prononcer un mot.
Robert Collins avait travaillé pendant vingt ans dans la police de Springfield.
Il avait participé à plusieurs enquêtes sur des enfants disparus.
Il était même responsable de l’enquête concernant la fillette en robe jaune, dont Daniel venait de retrouver la photographie dans le sous-sol.
Et soudain, une terrible possibilité s’imposa à lui.
Et si les enquêtes avaient échoué parce que l’un des enquêteurs aidait précisément celui qu’ils recherchaient ?
Daniel attrapa sa radio.
« Centrale, je veux que personne ne communique les détails de cette intervention au détective Robert Collins. Répétez, aucune information ne doit lui être transmise. »
Mais avant que la centrale puisse répondre, son téléphone personnel vibra.
Un numéro inconnu.
Daniel hésita.
Puis il décrocha.
Une voix masculine, parfaitement calme, retentit.
« Daniel… tu aurais dû laisser cette porte fermée. »
Il reconnut immédiatement cette voix.
Robert Collins.
Daniel sentit son cœur battre violemment.
« Robert ? Où es-tu ? »
Un léger rire résonna à l’autre bout du fil.
« Tu poses toujours les mauvaises questions. »
« Qu’est-ce que tu as fait à ces enfants ? »
La voix de Robert devint soudain glaciale.
« Tu devrais plutôt te demander comment je sais exactement où se trouve ta femme en ce moment. »
Daniel sentit ses jambes se dérober.
Sa femme, Laura, travaillait ce soir-là à l’hôpital de Springfield.
Il tenta de rester calme.
« Ne t’approche pas d’elle, Robert. »
Mais son ancien collègue poursuivit :
« Tu as découvert une maison, Daniel. Seulement une maison. Tu n’as aucune idée de ce que tu viens de déclencher. »
Puis la communication fut coupée.
Daniel composa immédiatement le numéro de Laura.
Une sonnerie.
Deux.
Trois.
Aucune réponse.
Il rappela.
Toujours rien.
Finalement, quelqu’un décrocha.
Mais ce n’était pas sa femme.
C’était la voix d’une petite fille.
« Allô ? »
Daniel se figea.
« Qui est à l’appareil ? »
L’enfant semblait pleurer.
« Monsieur… une dame m’a dit de vous donner ce téléphone. »
« Quelle dame ? Où es-tu ? »
La fillette sanglota.
« Je suis dans une voiture… et l’homme qui conduit a dit que vous connaissiez déjà la prochaine adresse. »
Puis elle murmura trois mots.
« Regardez le carnet. »
La ligne fut coupée.
Daniel se précipita vers la boîte métallique et ouvrit le carnet retrouvé dans le sous-sol.
Il parcourut les pages remplies d’adresses.
Certaines étaient barrées.
D’autres entourées de rouge.
Mais sur la dernière page, il découvrit une adresse écrite quelques heures auparavant.
Une adresse qu’il connaissait mieux que toutes les autres.
C’était celle de sa propre maison.
Et juste en dessous, une phrase avait été ajoutée :
« CETTE FOIS, C’EST TA FAMILLE QUI VA DISPARAÎTRE. »
Daniel releva lentement la tête.
Son téléphone vibra une nouvelle fois.
Un message venait d’arriver.
C’était une photographie de Laura, assise dans une voiture, les yeux fermés.
Et derrière elle, à travers la vitre, Daniel reconnut la façade de sa maison.
Mais ce qui le terrifia le plus n’était pas la photographie.
C’était l’heure à laquelle elle avait été prise : deux minutes dans le futur…..
À SUIVRE DANS LA PARTIE 4…